580

Nous ne sommes que deux, mais il a préparé six verres.
Il fait le troisième thé. Il a disposé comme un enfant des petits cailloux sur le sable. Cela forme une sorte de cercle imparfait et précis.

Il fait le quatrième thé, puis recouvre chacun des cailloux d’un peu du sable gris d’ici, puis fait le cinquième thé, puis asperge le sable de l’eau grise et rare d’ici, là où sont enfouis les cailloux. Rite. Il n’en connait ni l’origine ni le sens.

Au cinquième thé il s’est mis à remuer les lèvres en silence, à faire des gestes avec ses mains dans ce silence. Il y a un monde absent caché dans cette immensité, auquel parle ce silence.

Tandis que le sable boit l’eau il fait le sixième thé, toujours à la façon sahraouie, moussue.

Attente. Ses mains reposent sur le sable. Le temps s’écoule d’un verre à l’autre sans trouver preneur.

Tout à l’heure, lentement, nous partagerons le sixième thé, tiède comme le sable, doux comme la mort. Nous avons le temps. 

*
J’apprends comme jamais.


pp debargue

576



Je voulais sortir, prendre mon vélo dans la lune montante, aller (lui qui roule et moi qui y suis si bien assis) voir le fleuve et ce qu’il fait à la lumière de la nuit, ça n’a pas été possible à cause de cette interprétation d’avant Glenn Gould, d’avant Stanley Kubrick, des deux sonates pour piano (481, 514), de Scarlatti, sur les ondes de la radio. Encore une belle occasion de perdue !

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Il y a toujours un moment de la nuit où la nuit est sans lendemain.

575



Dabek entre petit à petit dans Le Moine tandis qu’autour des NONNES aux visages grimaçants se gouichent et s’asphodèlent et que, plus loin vers le sud, des draps blancs s’ébrouent dans le vent du nord.

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Les choses finissent toujours par rentrer dans l’Ordre.