163

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Je donne mon sang, et personne n’en veut.
Je change de rhésus, et personne n’en veut.
Je mets une belle étiquette dans un flacon élancé, personne n’en veut.
Je distribue sous autre nom, et personne n’en veut…
Qu’est ce que tu crois mon vieux, c’est bien joli tout ça, mais si tu t’imagines que les gens sont prêts à prendre tout ce sang que des types innombrables comme toi veulent absolument leur donner ! Tu ne penses pas que vous exagérez un peu ? Ils n’auraient que ça à faire, les gens ? Prendre votre sang, se l’introduire dans les veines, se sentir patraque pour que tu sentes mieux, toi et tous ces donneurs à qui personne n’a rien demandé ? Pour qui vous prenez vous donc ? Et d’abord, qu’a-t-il de si particulier, votre sang ? Autres chose que les ingrédients habituels, globules, plaquettes ? Dans un ordre différent, tu dis ? Et alors ? Il faudrait se saigner aux quatre veines pour ça, pour faire de la place à ce jus de betterave ou à ce brouet à la viscosité malsaine ? Allez ! Pose ton flacon là, auprès des deux mille autres, je vais voir ce que je peux faire pour cette fois. Mais pour le reste oublie ça veux tu, garde-le, ton sang, si tu penses vraiment qu’il est si bon !

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Ayant appris au cours du week-end la différence entre une comparaison et une métaphore, Dabek persiste et signe : il métaphore comme un turc, après avoir par mégarde comparé comme à Gravelotte.

162

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Saoul comme un russe
Rustique comme un islandais
Dépravé comme un français
Encerclé comme un suisse,
Hystérique comme une maghrébine
Binaire comme un yankee
« Anch’io » comme un lombard
Barbu comme un afghan,
Gangrené comme un zimbabwéen
Inverti comme deux grecs
Rectal comme un brésilien
Ilien comme un tongien,
Intime comme une cairote
Hautaine comme une andine
Innombrable comme un chinois
Oisif comme un levantin,
Indien comme deux tu l’auras.

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Dabek métaphore comme un turc

161

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Le nombre de bises est premier. Un en pays Bigouden, deux ici, trois là, sans que l’on sache jamais où commence le là, où s’achève l’ici, de telle sorte que deux bises du matin deviennent trois du soir ou de l’autre côté de la rue.
Avec Jeanne j’ai essayé cent soixante trois bises, c’est un nombre premier.
Elle m’a giflé à dix sept, c’est un nombre premier.
C’était peu dix sept, et douloureuse la gifle, mais ça fait qu’elle était ma fiancée, surtout qu’elle est de Saint Guénolé où l’on ne fait qu’une bise,
Sauf si l’on est engagés.

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Mon pays c’est les joues de Jeanne,
J’y joue avec les nombres premiers,
Jusqu’à ce que gifle me prenne
Parce que de bises j’ai trop volé.

160

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Un oiseau est posé sur la table
Un mot
Une chose l’autre
Quelques secondes
Le geste qu’il ne faudrait pas ne viendra pas
La table aux quatre pieds
La terre est toupie
Quelques secondes d’oubli
La table est nue
Quelques mots
Se sont envolés

*
.....

159

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Un soir elle m’a montré ses seins, puis elle est partie. Dormir dans la mer. Ils étaient blancs. Ils étaient lourds. Elle flottait. Couchée dans l’eau elle regardait la lune. Sa robe la portait. L’océan n’a pas voulu de sa bouche. Le flux l’a échouée sur l’île de sable, de fleurs et de cailloux où je l’attendais à genoux. Ils étaient blancs, ils étaient lourds, ils étaient aussi sucrés que salés.

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Ici.
Où commence une miniature ? Où s’achève-t-elle ? Ici et là.
Là.

158

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Pas si grave, cette roue qui tourne, pense Dabek le hamster en ralentissant son rythme comme pour se rassurer. J’arrête quand je veux, simple affaire de volonté et de technique.
Malgré tout il lui arrive de craindre que, s’il s’arrêtait vraiment, les autres roues qu’il sait pourtant engrenées à la sienne continuent à tourner sans lui, comme si les types dedans n’avaient plus besoin de son énergie, accumulant même par leur course libérée de lui un surcroît d’électricité qui lui serait restituée plus tard, par exemple le jour où on lui avancerait cette chaise métallique aux bras si confortables, là, en l’invitant à s’y installer pour se reposer de tous les efforts fournis.

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La menace est très forte mais en réalité la plupart des violences modernes n’atteignent pas l’atome. C’est pourquoi on se fait tout petit et on remue très vite

157

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L’on m’écrit (cf n° 144), je réponds : bien sûr, je le sais bien, que je ne suis pas Proust ! Ce n’est qu’un jeu. Lui et moi, on collabore, c’est tout. Tenez, on voit bien qu’aujourd’hui la littérature a fait de gros progrès, et que l’écriture de Marcel a besoin d’être retaillée, désodorisée, lissée par copier coller, compactée. Eh bien, je saurai faire : n’ais-je pas récemment écrit un magnifique « La bible, mais en plus petit » qui fut édité sur un grain riz et il restait encore plein de place ? Avec lui à la production logorrhéique et moi au poste « modernisation, compactage et adaptation », sûr qu’on aurait exploité cet espace pour y adjoindre un troisième (accompagné de merguez) et un quatrième (avec jésus cuit) testaments, et on aurait servi le tout avec forces moucharabiehs et graines de catleyas. On a raté ce coup là car Marcel ne m’avait pas encore découvert, mais on a d’autres beaux projets !

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Allez, je vous livre notre secret : Marcel et moi on travaille sur « A la recherche du temps raccourci », c’est « Le temps perdu » au format d’un livre de Annie Ernaux, très important pour être au programme des collèges ! Rien que pour vous, ce court extrait en forme de rimes regrettables :
Swann et Albertine
Sont dans un bateau
« Pince-moi », dit la Tine
Marcel tombe à l’eau
Alors, elle est pas belle, la nouvelle littérature ?

156

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« Ce sont toujours les autres qui meurent ». J’avais trouvé ça tout seul mais j’ai appris ensuite que c’est sur celle de Marcel Duchamp. J’ai alors pensé à « tout ce qui n’est pas sécurisé est indéfendable », mais j’ai eu un peu peur que ce ne soit pas bien compris. Alors oui, sur ma tombe ce sera ce petit message découvert ce matin sur un post-it collé à un mémo qui m’était soumis :
« Voilà où j’en suis arrivé, je ne sais pas si c’est bien »

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« Dans notre esprit, nous ne faisons pas de stock »
(Extrait d’une note interne destinée aux nouveaux embauchés)

155

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Chacun a allumé une tige. Ils se sont assis pour tranquillement la fumer. Ils échangeaient quelques mots vides entre les bouffées. La fumée montait très lentement vers les cimaises du théâtre, ça a duré jusqu’aux filtres alors ils ont repris leur rôle et, quelque soit la pièce qu’ils jouaient, à cet instant on est sortis changés de Guantanamo.
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Rimes regrettables :
Ils m’ont offert tant de fleurs
J’ai dit que je manquais de vases
Ils m’ont fait cadeau de leur cœur
Je le case au bout de cette phrase

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Depuis qu’on s’est parlé, le jour s’est levé

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Sur la nappe de papier du Thabor, j’ai délimité au crayon l’ombre portée du quart de rouge et, l’ayant déplacé, j’ai observé que le dessin ainsi tracé reproduisait très exactement l’ombre portée d’un quart de rouge. Ce constat m’a surpris après un
quart de rouge

153

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Le miroir à débosser n’est pas gondolé comme dans les foires, c’est un miroir plat. On le place sans le lui dire sur le chemin de la bossue qui le découvre à l’improviste, elle se redresse alors instantanément et même se cambre, elle remonte et raffermit ses pommettes et mamelles sans même y toucher et conserve la posture au moins jusqu’au bout de la rue et parfois pour la vie.
Inopinée, une vitrine fait immanquablement office de miroir à débosser.

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Pour l’autre sexe existent les Lolita à débosser, plastique expansive, grands yeux de biche, même impact improviste mais absolument pas plates.