363

Mon enfance m’est revenue devant le monument aux morts, justement.
Le poilu a été repeint en bleu horizon, le visage rose bébé, la moustache
J’en aurais rêve de cette moustache charbon
Tout à l’heure pour toujours manqueront mes parents 
Quand je pousserai 
La porte 
De la maison
Puis il faudra bien repartir pour de bon
Des gamins feront coup franc dans une cour sans ombre
Aux arbres débutants.

*
Ce qui est arrivé un jour
Est là pour toujours


(Merci à Michel Quint)

362

Quand Dabek tombe par hasard sur un livre dans son bar, c’est rarement du Brautigan. Mais quand ça arrive, quelle coïncidence ! N’y tenant plus, il court alors à sa bibliothèque, en extrait un vieux Dylan Thomas single malt déjà largement entamé, et s’en sert une bonne rasade.

*
« Non, ce n’est pas la pluie qui tombe, c’est l’humidité qui sort du cœur cassé »

361

Pendant que leurs queues battent l’air comme les bras des enfants, les huit chevaux de bois échangent de longs hochements de tête. Dabek marche à côté du manège, le monde tourne sous ses pieds comme un gros ballon sous l’acrobate qui recule.

*
Ayant perdu son ombre dans la foule, il l’imagine qui s'éloigne aux bras d’un inconnu trop grand pour elle et ne la voit pas qui lui fait signe de les rejoindre

360

Solitude.
Le miroir seule manière
De se voir

*
Inquiétude.
Il observe chez ses enfants
Les gestes de la relève

359

*
Suceuses soubrettes string salopes soumission
Ce soir séance sexe sans satisfaction

*
Il a abandonné le sexe il y a de nombreuses années, le jour où il a découvert ce qu’il aimait vraiment

358

« Allez papa »
« Vas-y Mickey »
« Ca va le faire »
« Plus que deux bornes »

*
Pour que sa littérature obscure
Touche un plus large public
Dabek tout l’été peinturlure
Les grands cols mythiques

357

Ca ne se voit pas, ça ne se dit pas, ça se devine à peine, ce n’est peut-être qu’un rêve, c’est sans espoir, ça finira brisé, ça sait que la machine broiera les grains de sable comme de blé, ça entend que ça ne fait qu’affaiblir la cause et que ça ne propose rien,
Au cœur du pré quand même ça résiste
 Parce que l’autre est le soleil, parce que tout n’est pas marchandise, parce qu’avoirs et falloirs peuvent être mutualisés autrement, parce que la liberté n’est pas une propriété barbelée, parce que le contraire de la violence c’est la pensée, parce que c’est simplement juste, parce que ça n’a pas besoin d’explications,
 Au cœur du pré ça résiste

*
C’est parce qu’au cœur du pré ça résiste
Que le coquelicot existe
Et que le pré existe
C’est ça qu’il faut regarder
C’est ça qu’il faut montrer


(suite et fin des n° précédents)
lire le texte complet

356

Contre la barbarie qui se prévaut de sa propre barbarie, contre la violence économique mondialisée, contre la stigmatisation de ses victimes, contre la libre circulation vers le pays d’origine, contre le mensonge institutionnalisé, contre la baisse des impôts, contre l’enfance enfoncée, contre les shampoings pour cheveux normaux, contre le mieux disant le pire, contre le grand marché du gré à gré, contre le pré carré, contre le à tu et à toi, contre TINA*, contre les colons, contre « Tous les autres le font », contre la Croissance son église et ses prêtres, contre l’idée de la part de gâteau, contre les trajectoires individualisées / les contrats de progrès, contre les opérations de maintien de la paix,

*
Ca résiste


* « There is no alternative » : y’a pas le choix. TINA est aussi le nom d’une excellente revue de littérature.

(suite des n°353 à 355)

355

Ce voyageur qui protège l’expulsé, ce policier qui déchire ses papiers, ce visage qui rigole face à l’autorité, ce type qui vous lit des poèmes, ce paysan qui diffuse des semences interdites, cet anonyme qui parle pour mieux vous écouter, ce caddie sorti vide du supermarché, ces nomades qui snobent nos aires spécialisées,

*
Ca résiste




(suite des 353 et 354)

354

Maintenant regardons mieux.  Un médecin conteste la carte Vitale, un ouvrier décline les heures sup, un salarié refuse d’être noté, un artiste poursuit son travail méprisé, un chômeur ne se laisse pas radier, un fonctionnaire objecte, une queue demande son avoir en liquide à la banque, une mère renâcle à envoyer ses enfants se faire vacciner

*
Ca résiste


(suite du n°353)

353

Au bord du champ de maïs de soja de sorgho de blé standardisé normalisé engraissé désherbé, le coquelicot résiste. Normal, sa constitution le lui permet. Il y a des gens comme ça. Ca énerve un peu, mais c’est pas bien grave : ça ne renâcle qu’en lisière. Même, ça donne de la couleur, ça fait joli quand on passe en voiture, et sur les boites de muesli.

*
Maintenant regardons le cœur du pré, du champ de blé : épis bien alignés, calibrés, pétant de santé, rien d’autre que du bon grain.

(à suivre)