459


A cause de son regard et de la forme de ses sourcils Dabek se dit – et lui dit – qu'elle serait encore plus belle sous le voile. « Je le mettrai » dit-elle, et tout de suite elle est plus belle il est vrai, la silhouette aussi.

*
Pour mieux réfléchir, un homme doux se plie sur sa chaise dans le sens de la chaise et se met à ne penser à rien.

458


Rose se penche sur une fleur
En respire le parfum
La voilà précipitée ailleurs
Dans un autre jardin

*
Plus la lumière est faible et plus on voit la nuit.

[un texte sur le vrai travail à relire ici]

457


Plus on lave, plus c’est sale
Plus on lave, plus c’est sale
Plus on lave, plus c’est sale
Plus on lave, plus c’est sale
Plus on lave, plus c’est sale
Plus on lave, plus c’est sale

*
C'est ce que lui dit avant essorage
La machine à laver
De Dabek Sarieloubal

456

On est quatre dans ce petit espace
La parole ne suffit pas
La parole ne suffit plus
A créer un écart suffisant

*
La porte s'ouvre : « toi, tu sors »
Je sors
Le couloir de la prison
Pris dans l'autre sens
Crée un écart suffisant



Un texte de Robert Walser mis en images ici

455

Je dis « je » alors que je devrais dire « tu ».et ça m’entraînerait trop loin, hors du soliloque qui est désormais pour moi comme une maison à l'intérieur de ma prison.

*
Sur l'île quand il pleut on se rejoint en pantoufles derrière les grandes baies vitrées et on regarde la pluie et la mer, on regarde ce que l'eau qui tombe fait à l'eau qui reste, on écoute en silence le lointain mugissement de l'eau qui boit l'eau. Les mêmes mots qui servent pour le clapot s'allongent dans notre conversation et finissent par former une houle tranquille alors que la pluie s'apaise elle aussi, comme les larmes de quelqu'un qui a le cœur en paix.

454

On rencontre Carmen
Devant un bar littéraire
Où l'on rentre tous les deux
Où d'autres couples se draguent
D'une autre manière
En écoutant une conférence éphémère
Sur Arthaud, Carpenter
Ou bien « The Wire ».
Elle est très belle
Carmen
Dans la lumière du bar,
On ne voit
Cette lumière
De Carmen
Que quand on est dans le bar.
Dehors passent des gens vivants
Qui sont encore du côté
De l'indifférence
A Carmen
Et qui ne portent pas déjà sur eux
Les stigmates
De mon avenir
Avec Carmen

*
Ne pouvant plus faire semblant
De vivre
Ils font semblant
De continuer à vivre


"Comme si on va partir", à lire ici.

453

Motardes ? Va savoir. Sous le casque, on ne voit pas leurs seins.

*
Ce qui me plaît dans le scooter, c'est le casque.

452

L'homme qui a assassiné ce lundi un rabbin et 3 enfants juifs serait également le meurtrier de trois parachutistes la semaine dernière. 
- Pourquoi des parachutistes ?

*
Corvisart a toujours été gros, toujours été juif, et s’est longtemps demandé ce qu’il y avait de mal à être gros.
(Il s'avère que les parachutistes étaient maghrébins, antillais, etc. C'est un journaliste qui apporte cette précision, dont le etc.) 




[Post scriptum :
« Cet attentat odieux qui voulait frapper les israélites se trouvant dans cette synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic » (Raymond Barre, octobre 1980)]

451

Je me fêlais, comme une vieille tasse qui se brisa quand je la pris.

*
A l'emplacement du miroir on se regarde dans le mur en se bouchant les oreilles. On a perdu la faculté de s'accorder à ses propres mouvements, ses propres pensées. A heure fixe on n'essaie plus avec les autres, autour de la cour, de marcher d'un pas d'homme libre. 



[Re-publication de "Rencontre avec Robert Walser" sur la Revue des Ressources, ici.]

450

Quand on ouvre les placards
Ils tombent
Les Tupperwares



*
Ils ont d'abord eu ces petits rires de mépris. Maintenant mes enfants parlent de moi à la troisième personne.




Bernard Deglet lit ses textes ce dimanche à Lyon au cabaret Le Périscope, ainsi que Barbie Tue Rick, Fréderick Houdaer, Laurence Loutre-Barbier, Grégoire Damon.

449

Des deux côtés on voit la mer
Devant aussi on voit la mer
Je suis posé sur l'île sous le ciel sur la lande légèrement inclinée vers la mer, en haut de la falaise
Je regarde devant
Nous sommes plusieurs assis pareillement, à quelque distance les uns des autres
Nous regardons devant
L'océan
Un espace dans un autre espace
Nous vivons le même temps simultanément
La longue houle et la brise qui se lève de la mer permettent
A des choses lointaines
De revenir à nous

*
Ils entendent respirer la mer contre la falaise. Leurs corps de garçons descendent la falaise. Pieds et mains, dans le bon ordre, tâtent sous leurs doigts le visage des rochers. Une fois parvenus au niveau de la mer ils se glissent entre le roc et l'écume et s'en vont nager loin. Hors de vue. Offerts au vague, ils disparaissent de leur propre vie sans vraiment d'en apercevoir. Puis ils reviennent en silence au pied de la falaise. Ils s'écoutent respirer au pied de la falaise.