499


Tout à l’heure Dabek criant « Allez papa ! » au passage du peloton provoquera - près de cent coureurs ayant instinctivement tourné la tête vers lui – la chute monstre qui bouleversera le classement du Tour.

*
Plus tard Il deviendra célèbre en publiant des articles sur les artistes – nombreux ! – qui gagnent à rester méconnus.
 

498


L’ayant créée puis séparée d’un de ses membres il l’a enterrée dans un champ d’où, il le savait, un paysan tractant finirait par l’exhumer : elle fut bien vite par les pontes attribuée à Praxitèle et exposée aux regards des foules. Puis survint Dabek avec le bras, qu’il jointa parfaitement au moignon, la signant ainsi aux yeux de tous. Ou bien était-ce Michel Ange, comme certains aujourd’hui encore le croient dur comme soc de charrue ?

*
Connaître ces montagnes
Où jouissait Esculape
Avant que les peupliers
N’envahissent les plaines

497


A la suite d’un stage tantra consacré à l’extase sensorielle Dabek parvient à descendre au plus profond de lui même et à rencontrer son double féminin.

*
Laquelle s’appelle Marcel.


496


Elle est sur le quai d’en face Il crie son nom au dessus des voies il ne connaît pas son nom mais il crie elle est la seule à lever la tête elle lui fait un signe de la main et un sourire pour plaire c’est la femme de sa vie puis très vite une rame de métro arrive elle monte une fois montée elle fait sans doute un signe et encore un sourire qui fera regretter mais Dabek ne regarde pas déjà occupé à chercher ailleurs une autre femme de sa vie si possible sur son propre quai

*
Une série de petits oiseaux traverse la voie ferrée 
En se tenant par le bout de l'aile




495


Une rue
Une nuit comme les nuits d’avant
Une lavandière avec son bac et ses deux bougies
Frotte
Lave, frotte
Le dos courbé sur son bac
Frotte, lave, frotte, rince
On ne voit jamais le visage des lavandières
Son visage éclairé par les bougies
Et les bras nus et rouges
Qui vont et qui viennent
Lavent, frottent, rincent, essorent
Le linge qui n’est jamais le sien.
On ne voit plus cela aujourd’hui
Dans la nuit avec les deux bougies
C’est la machine qui fait cela aujourd’hui
Frotte lave frotte lave encore rince essore
Et la misère a pris des formes plus propres
Frotte, frotte, essore, essore
Frotte et essore encore aujourd’hui

 (PPL PNE)

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Excusez-moi, mais est-ce que vous pourriez cesser de vous reproduire ?

[nda, oct 2013 : je découvre que cette phrase que je croyais mienne a été écrite (en tout cas éditée) par Chloé Delaume, dans "Une femme avec personne dedans"]


494


On avait d’abord cru qu’il achetait toujours trop. Trop de draps. Trop d’oignons. Trop de savon. Trop de viande. Trop de poisson, de corbeau de mer. Trop de mouchoirs blancs et trop de mouchoirs noirs. Trop de tout. On l’accusait de gaspillage mais il fut vite prouvé que rien n’était perdu. Tant de gens ont pleuré quand il est mort que les oignons ont manqué et les mouchoirs noirs ont servi

          (PPL PNE)

*
« Il y a trop de tout », disait déjà Adamov, et qui aujourd’hui pour dire que rien ne soit perdu ?

493


Toujours quand il y avait de nouveaux invités pour les impressionner il lançait de toutes ses forces une noix dans la vitre de la salle à manger. Toujours c'était la noix qui cassait.  Toujours quelque soit sa vitesse d’impact c’est le plus faible qui craque Dabek expliquait-pérorait. Toujours il se souvient de cette noix intacte retombée sur le plancher. Verre brisé tout autour. Très difficile d'expliquer pourquoi il avait voulu casser une vitre de sa propre maison. Toujours. Très difficile. Le plus faible qui craque. Plus aucun impact. Jamais.

*
« Le cœur, quand ça s’arrête, c’est comme l’hydraulique d’un camion »





Lecture à Lyon pas seul au Cedrats le 8 avril, et à la librairie Le point d'encrage le 19 avril

492


La maison avait des murs. Les murs étaient épais. Ils avaient des fenêtres. Il y avait aussi une porte. Dabek a soufflé très fort. La porte a résisté. Dabek a tourné la poignée. La porte s’est ouverte. Les trois petits cochons, à l’intérieur de la maison, n’étaient pas. Une maison avec des murs épais, d’habitude, les trois petits cochons y sont. A quoi bon toutes ces dents longues, si les trois petits cochons n’y sont pas ? Une a une, au marteau, derrière les murs épais, Dabek les a brisées.


*
Un homme a sauté
Un F2 s’est libéré

491


Elles n’aiment que moi
Les fins de mois

*
Ce sont toujours les meilleurs qui s’en vont
Avec la caisse


490


Dabek observe les autres, nombreux autres, essayer de reproduire en eux les visions extraordinaires qu’ils imaginent illuminer ses pensées. Y parvenir. Ne pas s’en apercevoir. Se sentir au bout d’un temps déçus de leur relation. S’éloigner de lui. Rester tout à fait étrangers à sa très grande générosité.

*
Parce que je marche toujours comme lui le visage et le regard tournés vers le sol je ne remarque jamais l’individu qui vient vers moi et je traverse sans même m’en apercevoir le miroir symbolique qui nous séparait et, l’espace d’un instant, nous a réunis.

489


La première fois l’amour
Funambule / tendue / sur / son fil
A la hauteur / de tes / sourcils
Je te vois toi / tu ne vois qu’elle

La première fois la mer
Funambule / dansant / sur / l’écume
Vers une voile / à l’ho / rizon
Je pense à toi / tu ne vois qu’elle

La première fois la mort
Funambule / trouant / la / surface
L’océan mange / toutes / les traces
Quand vient la mort / où va l’amour ?


*
Danser, c’est se mettre au pas