527



Dabek ramasse un galet et le sent ami. Il le gardera avec lui. Il l’aura toujours avec lui. Il sait déjà qu’à la maison de retraite il lui faudra se battre pour ça.



*

Ces ruines étaient naguère

Notre forteresse

526

Il a dans sa vie beaucoup franchi, escaladé, surmonté, Dabek est un chat qui ne se retourne pas dans sa chute.

*
Tous les hommes meurent libres et égaux en droit.

525

1-     Il lui a presque fallu s’affirmer pour conquérir cette place mais ça y est, Dabek est assis côté fenêtre. 

2-     Le tramway traverse un pont.  Dabek voit ce type monter résolument sur la rambarde et sauter. 

 3-     Dabek est à sa place, coincé dans le tramway jusqu’au prochain arrêt. 

 4- Il est trop tard pour intervenir, trop tard, Dabek se rend compte trop tard que ce con a pris sa place.


*
Trop petite île
La mer sent l’huile
La poussière
Et la bière

524

Avant l’apiculture c’était simple. 
L’essaim, la ruche, le miel, l’élevage des reines, ça se faisait tout seul.  Aujourd’hui à cause de l’homme il faut beaucoup d’homme pour faire du miel.
C’est devenu compliqué.
Ce qui est parti, ô apiculteur, ne saura pas revenir.

*
« Ce son de cloche, ce bel oiseau calme qui en est le signe, ont quitté d’un coup le clocher de l’église. »

523

Tu parcours l’espace en diagonale, comme un fou. Ceux qui t’attendent au bout de l’échiquier, tu fais un saut de cavalier ; tu échappes.
Tu es là par ta musique, par tes notes, et tu n’es pas là.
Pause entre deux impros : tu ne sais pas ce que tu vas jouer, aucun de vous ne le sait. Tu t’assieds sur le tabouret, tu croises les jambes assis sur le tabouret, tu allumes une cigarette, et tu n’es pas là.
Tu te mets en péril, et tu ne repasseras jamais exactement là.
Allez, encore un coup, tu es un saxophoniste, tu fais du bien aux diagonales, tu repars en biais, en quatuor.

*
Il y avait des cabines où on pouvait écouter de la musique. Ce n’était pas de la bonne musique. J’ai pleuré. C’était des cabines pour pleurer.



[Lecture mardi 22 avril à la maison de la poésir Rhône Alpes, avec Aude Fabulet]
 

522

Dabek sort de la marquise à cinq heures. Il la referme, s’aperçoit qu’il est en bonnet de nuit et s’en va, longtemps, se doucher de bonheur.

*
Bientôt, je serai bon prophète.

521


Le blanc ne laisse pas beaucoup de possibilités.
Difficile, quand vous êtes invité, immigré, de critiquer.
« Rentrez chez vous ! » n’est-ce pas ?

*
Il y a une jeunesse en vous que je découvre maintenant que vous m’en parlez, et j’adore ça.. Vous me révélez une identité en vous, une identité en moi, que je trouve un petIt peu difficile à accepter, mais que je ne peux pas refuser.
C’est comme ça.
On ne se comprend pas.
On se comprend.
Les masques des vaches
Le latin des hommes
C’est comme ça que le monde va.

520


Ces petits cailloux blancs, à 130 km heure, personne ne les voit. On n’est même pas sûr qu’ils y soient.

*
-Je ne sais pas où c’est, Roubaix 
- Roubaix, c’est pas loin de là où on a oublié le gamin sur une aire d’autoroute.

519


Je croyais avoir bien travaillé, mais mon contrat n’a pas été renouvelé. Sans doute, j’avais mal évalué la qualité de mon travail.

*
D’autres (en général : des villes) ont été anéantis par la guerre.

518


La vérité sort de la couche des enfants

*
Les parents ? Eh bien, après 25 ans de divorce, ils décident de se marier.

517

La séance va son train, tranquille. Seule la mère parle, triste, lasse, thermale. Le père grande carcasse stagnante, les enfants sont calmes. Tout à l’heure  la mère sans s’arrêter de parler s’est levée et à giflé ses deux enfants, posément, violemment, puis  elle est retournée s’asseoir et a continué, toujours sur le même rythme las, comme si rien ne s’était passé. Un temps Dabek se demande s’il n’a pas rêvé. Mais il y a les marques blanches des doigts de la mère sur les joues des enfants. Il ne sait pas, il sent qu’il  ne doit rien faire, rien faire que se taire.

*
Taire, mère, je comprends enfin que nous sommes sur une île. Je propose à la mère de descendre de sa chaise, qu’on joue tous les deux au Légo sur le sol. Elle est d’accord. On joue au Légo, les enfants restent assis sur leurs chaises. La mère a l’air bien. Son corps se tient bien, est plus tonique. On est sur une île, on construit quelque chose avec nos légos. On ne s’est pas parlé, mais elle sent que j’ai compris, que je vais peu à peu comprendre, la violence que lui font chaque jour ses enfants. A la fin de la séance on cassera notre ouvrage en gros blocs, on les émiettera, on rangera les légos dans le bac. Je dirai à la mère de prendre une série d’autres rendez-vous avec ma secrétaire.