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Sur les papiers je suis Jean-Pierre, mais depuis toujours tout le monde m’appelle Jean. Je suis Jean, c’est comme cela que m’appelait ma mère. Six semaines avant terme, j’avais décidé d’en sortir vivant. Puis j’ai eu dix ans, vingt ans. J’avais des acouphènes, les ORL ne trouvaient rien. A trente ans, j’ai fait de nombreux enfants sans père. Je suis vieux maintenant. Je n’ai pas fait carrière. 
« Sans père ? », a dit mon psy. 
J’ai parlé à ma mère. Le premier serait Jean, l’ainé serait Pierre. Il n’est jamais sorti. 

*
Je m’appelle Jean-Pierre. Mes acouphènes ont disparu. Je n’ai pas fait carrière.

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Nous ne sommes que deux, mais il a préparé six verres.
Il fait le troisième thé. Il a disposé comme un enfant des petits cailloux sur le sable. Cela forme une sorte de cercle imparfait et précis.

Il fait le quatrième thé, puis recouvre chacun des cailloux d’un peu du sable gris d’ici, puis fait le cinquième thé, puis asperge le sable de l’eau grise et rare d’ici, là où sont enfouis les cailloux. Rite. Il n’en connait ni l’origine ni le sens.

Au cinquième thé il s’est mis à remuer les lèvres en silence, à faire des gestes avec ses mains dans ce silence. Il y a un monde absent caché dans cette immensité, auquel parle ce silence.

Tandis que le sable boit l’eau il fait le sixième thé, toujours à la façon sahraouie, moussue.

Attente. Ses mains reposent sur le sable. Le temps s’écoule d’un verre à l’autre sans trouver preneur.

Tout à l’heure, lentement, nous partagerons le sixième thé, tiède comme le sable, doux comme la mort. Nous avons le temps. 

*
J’apprends comme jamais.


pp debargue

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Je voulais sortir, prendre mon vélo dans la lune montante, aller (lui qui roule et moi qui y suis si bien assis) voir le fleuve et ce qu’il fait à la lumière de la nuit, ça n’a pas été possible à cause de cette interprétation d’avant Glenn Gould, d’avant Stanley Kubrick, des deux sonates pour piano (481, 514), de Scarlatti, sur les ondes de la radio. Encore une belle occasion de perdue !

*
Il y a toujours un moment de la nuit où la nuit est sans lendemain.